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108 Danser avec l’ennemi extrait de la conf érence du 7 mai 1997

En lisant un traité sur les arts martiaux je me suis rendu compte que quand ils parlent d’un combat, ils parlent de l’ennemi comme d’un ami avec lequel il faut danser. Pour faire un bon combat, même à mort, il faut que cela devienne comme une danse, pour qu’un combat puisse commencer il faut toujours qu’il y ait une distance harmonieuse, une union harmonieuse. Une guerre aussi est une union harmonieuse. Je crois fermement que les pays qui se battent entre eux ce sont des frères qui ont quelque chose en commun d’amour, je crois fermement que les tibétains et les chinois s’aiment, quand le Tibet et la Chine vont s’unir vraiment cela va être la merveille, les arabes et les juifs s’aiment, mais ils sont en train de manifester un désaccord enfantin superficiel de possession, de reconnaissance l’un de l’autre mais au plus profond d’eux-mêmes ils ont une sagesse commune. Alors moi, avec ma contribution à la paix du monde, je vais aujourd’hui raconter quelques histoires arabes et quelques histoires juives, pour qu’on se rende compte que la base est la même et qu’ils s’aiment profondément.

Je commence par une histoire arabe
Mula Nasrudin marche avec son âne, mais ce dernier ne veut plus avancer, Nasrudin le pousse, le tire mais l’âne refuse. Un vieux monsieur qui passait par la lui dit : «  enfonce-lui un piment dans le cul ». Nasrudin s’exécute et l’âne se met à courir comme un fou. Comme Nasrudin n’arrive pas à le rattraper lui aussi il se met un piment dans le cul et aussi tôt il se met à courir. Il dépasse l’âne, arrive chez lui et il dit à sa femme : « arrête moi, arrête-moi ». Sa femme lui répond « je ne peux pas tu vas trop vite »
-« Enfonce-toi un piment dans le cul »… lui dit Nasrudin.

Je pense que l’âne a raison, l’âne représente son propre rythme, la vie a son rythme et on doit pas le forcer. L’âne est le moi essentiel, c’est un symbole très mystique, il représente le secret animal de la sainteté, si on n’a pas contrôlé son âne on est pas en état de sainteté.
Mula Nasrudin en mettant un piment dans l’anus de son âne, force la vie à aller plus vite, quel besoin avait-il que l’âne aille plus vite? , et comme il le fait, il est forcé de se presser désespéré pour aller aussi vite que la vie, et après il veut entraîner sa femme et en suite ce sera les enfants, les voisins et ensuite toute la ville va courir un piment dans le cul vers l’abîme. C’est ça notre civilisation, pour suivre la société industrielle nous sommes tous en train de presser notre rythme.
Maintenant une histoire juive :
Un Rabin étant en déplacement s’arrête dans un village. Il a entendu dire que dans ce village on vole les chevaux, et il décide donc de passer la nuit dans sa carriole et il demande au cocher de monter la garde. Avant de se coucher il dit à son cocher « tu vas attacher solidement les chevaux et tu garderas l’œil ouvert jusqu’au lever du jour, n’oublies pas de prier pour qu’on ne nous vole pas les chevaux! » Vers minuit le Rabin se réveille il est méfiant
- Moishe tu dors?
- bien-sûr que non, maître
- que fais tu?
- je médite
-à quel sujet?
- je médite à savoir ou passe le bois qui se trouve à la place du clou quand on enfonce un clou dans une planche
- si tu réfléchis à des questions si ardues tu n’es pas prêt de t’endormir !
Le Rabin se rendort, mais un peu plus tard il se réveille à nouveau
- Moishe que fais tu?
-je médite
-à quoi tu médites ?
-je me demande si ce sont les poissons qui salent la mer ou le contraire
Le rabbin se rendort tranquillement, mais un peu plus tard pour la troisième fois il se réveille
- Moishe que fais tu?
-je médite
-à quel sujet ?
je me demande comment, alors que je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, que je n’ai vu personne, et que je n’ai rien entendu, comment alors ont pu disparaître les chevaux?

Cela me rappelle une histoire de Dostoïevski sur un prisonnier condamné à mort, qui dort profondément et au moment où il se réveille un chien aboie, il se rendort et un peu plus tard quand il se réveille à nouveau le chien aboie, il se rendort et un peu plus tard il se réveille le chien aboie et il se dit « mais c’est terrible je n’ai rien dormi parce qu’un chien a aboyé toute la nuit. »

Gurdjieff disait que dans une journée on oscille entre des périodes de conscience et des périodes de somnolence, mais quand nous sommes dans la conscience nous ne nous rappelons pas des moments de somnolence et nous unissons les périodes conscientes et nous pensons que nous sommes toujours réveillés, mais en réalité une grande partie de la journée nous étions endormis.
Le cocher comme il était dans son intellect, croyait qu’il méditait, mais par moments il s’endormait, il ne méditait que par moment et il a uni ces moments d’intellect en croyant que c’était ça la vie. C’est pour cela que les personnes qui vivent dans la tête ne vivent pas, car tous les processus vitaux se font dans l’inconscient.

Le Mulha Nasrudin se baladait très content tandis qu’il venait de perdre son âne, quelqu’un lui dit « Nasrudin comment peux tu être si content? »
Attendez dit le Mulah, il y a encore un endroit où je n’ai pas cherché, derrière cet arbre là- bas. Si je ne le trouve pas là, alors on va entendre mes lamentations
Un arbre c’est le moi, l’ego cela veut dire qu’il cherche partout sauf dans soi même, partout sauf où il sait qu’il est, on cherche les réponses par tout sauf dans nous-mêmes et on est content pendant qu’on cherche partout, mais on a une peur terrible de chercher dans nous car on a peur de ne pas trouver.

Jaim un apprenti tailleur s’ennuie du coup il interpelle les passants en criant
-« vous avez vu, il y a un saumon qui danse sur la place »
Les gens se précipitent de plus en plus nombreux sur la place, soudain Jaim dit à sa femme, « je reviens je vais voir ce qui attire tellement les gens peut-être il y a vraiment un saumon qui danse. »
Le personnage a menti par ennui, il n’a rien dans sa vie, mais comme le mensonge marche, il croit que ses mensonges sont des réalités. Dans la douleur on prouve si nous sommes un maître ou pas, si je ne me laisse pas abattre, si je prends la dépression comme une danse, et que je continue ma vie telle qu’elle est, telle que je la conçois, à ce moment la je suis un maître car celui qui se démolit cela veut dire qu’il s’est raconté des mensonges, la dépression vient quand je refuse d’accepter ma réalité.

Nasrudin traverse le village sur son âne en lui donnant des coups de fouet sauvages, ce dernier galope comme il peut
- où vas tu, tu as l’air bien pressé lui crie t’on
- je ne suis pas pressé, je veux qu’il aille si vite qu’il oublie qu’il est un âne.

Quand je fais des arbres généalogiques je constate souvent que les gens me parlent très vite, car les parents ne donnent pas de temps aux enfants, quelque part les parents pensent que les enfants sont bêtes et les font aller vite pour qu’ils semblent intelligents et après les gens confondent intelligence avec vitesse. L’âne sera toujours un âne, nous-mêmes si on nous change le rythme, nous serons toujours nous.

Toute cette conférence parle de la carte du SOLEIL : trouver la sagesse et la collaboration réelle entre êtres humains car en réalité nous ne sommes pas des ennemis, nous sommes de la même famille, mais pour arriver au SOLEIL XVIIII il faut passer par L’HERMITE VIIII , dans la solitude, à un moment il faut se couper du monde, être a l’intérieur de soi . Mais on a tendance à se chercher dans l’autre qui devient indispensable si on ne s’est pas encore trouvé, nous devenons dépendants.

Rentrer dans L’HERMITE intellectuellement c’est dire que mes idées ne sont pas moi, que je peux perdre toutes mes idées et survivre, quelque part en moi je ne suis pas mes croyances, j’ai une partie vierge solitaire dans un état divin. Le jour que les juifs vont lâcher la Tora, et les arabes le Coran, ils vont survivre, la lumière intérieure n’a pas besoin de Livre.

Emotionnellement je dois être capable d’être la lumière qui soutient mes sentiments, si mes êtres aimés me quittent, si personne ne m’aime je serai capable de subsister dans un état solaire d’amour.

Je peux ne pas réaliser mes désirs sexuels et subsister car la lumière intérieure est avant cela.

Tu peux voir comment ton corps se démolit, tu te vois vieillir, tu vois comment ton corps s’en va petit a petit comme une rivière, mais tu as le soleil intérieur et cela ne démolit pas ta joie est intacte.

C’est à ce moment la que tu te rends compte que tu n’es pas un individu, à ce moment là ton château défensif devient un temple, c’est à ce moment la que tu peux te communiquer, le SOLEIL intérieur n’est pas personnel, tout le monde a le même, il est commun, au moment où tu te trouves tu es en communion avec l’humanité, en passant par la solitude et tant que tu t’accroches à l’autre et aux choses tu n’arrives pas parce que tu cherches hors de toi par peur totale de la solitude. Les couples fusionnels c’est une catastrophe, le couple de deux HERMITES est une réussite. Si on veut trouver la réalisation il faut coexister sans fusionner car la fusion existe déjà mais elle existe quand on trouve sa solitude.
Patience et courage ce sont les conseils que je vous donne, donner au temps la possibilité de vous aider et courageusement d’avancer.


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